Ce qu’est l’hypnose, et ce qu’elle devient pendant la grossesse

Selon l’Inserm, qui a évalué la pratique de l’hypnose à la demande du ministère de la Santé, le praticien induit par la parole un état de conscience particulier, caractérisé par une indifférence à l’extérieur et une grande suggestibilité, que l’on peut utiliser pour amplifier ses ressources contre l’anxiété et la douleur. L’hypnose recouvre des pratiques différentes : l’hypnosédation (utilisée en anesthésie), l’hypnoanalgésie (contre la douleur) et l’hypnothérapie (à visée psychothérapeutique) (Inserm, 2015).

Pour l’accouchement, il s’agit le plus souvent d’une préparation en amont : quelques séances, puis la pratique de l’autohypnose avec des enregistrements audio. Dans la revue Cochrane de 2016, huit des neuf essais portaient sur une hypnothérapie anténatale et un seul sur l’hypnose pendant le travail (Madden et al., 2016). Les deux grands essais proposaient deux séances de groupe de 1 h 30 et un CD à écouter chaque jour (Downe et al., 2015), ou trois leçons d’une heure et des enregistrements (Werner et al., 2013a).

La HAS, dans sa recommandation sur l’accouchement normal des femmes à bas risque obstétrical, demande d’accompagner les femmes dans leur choix de moyens non médicamenteux pour prendre en charge la douleur, et cite parmi eux l’immersion, la relaxation, l’acupuncture, l’hypnose et les massages (HAS, 2017). Le NICE, pour l’Angleterre et le pays de Galles et pour les femmes qui entrent en travail à terme (37+0 à 41+6 semaines), recommande de ne pas proposer d’hypnose pendant le travail, mais de soutenir le choix d’une femme qui souhaite y recourir (NICE, 2023). Leurs périmètres diffèrent (la HAS vise la prise en charge de la douleur pendant le travail chez des femmes à bas risque, le NICE l’hypnose pendant le travail, et les essais présentés plus bas portent surtout sur une préparation pendant la grossesse), mais les deux textes se rejoignent sur un point : c’est un choix de la femme, accompagné par l’équipe, jamais une obligation.

Ce que disent les études sur la douleur et la péridurale

La synthèse de référence est la revue Cochrane de 2016 : neuf essais, 2 954 femmes au total. Sur huit études et 2 916 femmes, celles du groupe hypnose recouraient moins souvent à un analgésique médicamenteux, dans la comparaison principale avec l’ensemble des groupes témoins confondus (risque relatif moyen 0,73 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,57 à 0,94), mais ce résultat repose sur des preuves de très faible qualité, et les auteurs concluent que l’hypnose pourrait réduire l’usage global d’analgésiques, mais pas celui de la péridurale. Face aux soins habituels et face à la relaxation, aucune différence nette n’apparaît sur les critères principaux ; l’écart vient surtout de la comparaison avec un groupe « soutien et conseil » (risque relatif 0,48 ; deux études, 562 femmes). Pour le sentiment de faire face au travail (une seule étude, 420 femmes) et pour l’accouchement spontané par voie basse, aucune différence nette n’apparaît, avec des preuves de faible qualité ; l’hétérogénéité statistique est considérable pour le critère analgésie et pour l’accouchement spontané, et les preuves sont mitigées pour l’intensité de la douleur, la satisfaction vis-à-vis de l’expérience de l’accouchement et la dépression postnatale (pour la satisfaction vis-à-vis du soulagement de la douleur, aucune différence nette, hormis un léger bénéfice isolé chez les femmes ayant utilisé l’immersion dans l’eau : une seule étude, 174 femmes, preuves de faible qualité). Les auteurs appellent à de grands essais bien conçus (Madden et al., 2016).

Les principaux essais et la méta-analyse la plus récente détaillent ce constat :

  • Essai britannique, 680 femmes attendant leur premier enfant, dans trois organisations hospitalières du NHS (« NHS Trusts ») : deux séances d’autohypnose en groupe, vers 32 et 35 semaines de grossesse, et un CD quotidien. Péridurale : 27,9 % dans le groupe hypnose contre 30,3 % dans le groupe de comparaison, écart non significatif, comme pour 27 des 29 critères secondaires. Les seuls écarts que les auteurs mettent en avant sont la peur et l’anxiété : deux semaines après la naissance, ces femmes décrivaient des niveaux réels plus bas que ceux qu’elles avaient anticipés. Ce résultat repose sur des réponses reçues de 67 % des femmes à deux semaines, et les auteurs jugent qu’il faut étudier davantage l’effet de l’anxiété et de la peur (Downe et al., 2015).
  • Essai danois, 1 222 femmes en bonne santé attendant leur premier enfant, réparties en trois groupes : trois leçons d’autohypnose d’une heure, trois leçons de relaxation et de pleine conscience, ou suivi habituel. Péridurale : 31,2 %, 29,8 % et 30,0 %, sans différence, ni sur la douleur déclarée. Les auteurs jugent utile d’étudier des sous-groupes avant d’écarter l’autohypnose (Werner et al., 2013a).
  • Dans ce même essai, l’expérience de l’accouchement, mesurée six semaines après la naissance par questionnaire, était meilleure dans le groupe hypnose (score de 42,9 contre 47,2 et 47,5, un score plus bas traduisant un meilleur vécu ; p = 0,01). Il s’agit d’un questionnaire rempli par les femmes elles-mêmes six semaines après la naissance, dans un essai en simple aveugle : c’est un vécu déclaré, pas une mesure de la douleur (Werner et al., 2013b).
  • Méta-analyse de 2024, 6 essais, 2 937 femmes : l’hypnose anténatale n’a pas réduit de façon significative le recours à la péridurale (risque relatif 0,79 ; intervalle de confiance de 0,39 à 1,61), ni aux autres analgésiques médicamenteux. Les auteurs notent que le fait que les soignants ignorent le groupe attribué à la femme et les différences de présentation de l’hypnose d’un essai à l’autre ont pu influencer les résultats (Lai et al., 2024).

Peur, anxiété, vécu de la naissance : des effets possibles, des preuves inégales

Une revue systématique de sept études sur l’impact psychologique de l’hypnose pendant la grossesse et l’accouchement conclut que, même si les résultats sont partiellement nuancés, la plupart des études trouvent des effets positifs sur l’anxiété, la dépression et la peur de l’accouchement, ainsi qu’un sentiment accru de confiance. Ses autrices précisent qu’on discute encore de l’effet de l’hypnose sur les aspects physiques du travail (Catsaros et Wendland, 2023).

L’Inserm juge de son côté les données insuffisantes, voire décevantes, pour la prise en charge de la douleur de l’accouchement, puis relativise, pour la douleur en général et non pour l’accouchement en particulier : des études qualitatives suggèrent que l’hypnose réduirait davantage l’impact émotionnel de la douleur que son intensité (Inserm, 2015). De façon générale (pour l’hypnose et l’EMDR, sans distinction de la grossesse), les études de sécurité sont rassurantes, mais l’Inserm demande de rester vigilant sur les dérives éthiques que peuvent entraîner les techniques de suggestion (Inserm, 2015).

Ce que ces études ne permettent pas de dire

La qualité des preuves est le point central : peu d’essais, des méthodes qui varient, des résultats qui ne vont pas tous dans le même sens. Concrètement :

  • elles ne montrent pas que l’hypnose réduit le recours à la péridurale : ni la revue Cochrane, ni les deux grands essais, ni la méta-analyse de 2024 ne le trouvent ;
  • elles ne montrent pas non plus qu’elle ne sert à rien : les essais mesurent surtout la péridurale et la douleur déclarée, et ils diffèrent par le moment, la durée et la technique ; les auteurs de la revue Cochrane demandent que les prochains essais mesurent en priorité la satisfaction vis-à-vis du soulagement de la douleur et le sentiment de faire face au travail (Madden et al., 2016) ;
  • elles ne valent pas pour toutes les situations : l’essai britannique n’incluait que des femmes attendant leur premier enfant, sans césarienne programmée, sans traitement contre l’hypertension et sans maladie psychologique (Downe et al., 2015) ;
  • elles ne désignent pas une « bonne » méthode : il reste peu d’études, et les auteurs de la revue Cochrane demandent des essais plus grands avant de conclure (Madden et al., 2016).

Pour qui, et avec qui en parler

L’hypnose peut intéresser les personnes qui cherchent un outil de détente ou un moyen d’apaiser une appréhension, à condition de savoir que son effet sur la péridurale n’est pas démontré. Nous n’avons pas trouvé de source officielle qui fixe qui peut ou ne peut pas y recourir : la première étape est donc d’en parler à votre sage-femme ou à votre médecin, surtout en cas de grossesse à risque, de traitement en cours ou d’antécédent psychologique.

Si la peur d’accoucher prend beaucoup de place, un exercice de détente ne suffit pas toujours : notre article sur la tocophobie explique quand et à qui en parler.

Comment s’y préparer

Ce que les essais ont testé est une préparation anténatale : des séances encadrées, puis une pratique personnelle régulière avec des enregistrements (Downe et al., 2015 ; Werner et al., 2013a ; 2013b). Pour le reste, voici des repères d’usage, qui sont les nôtres et non des recommandations officielles :

Ce que l’hypnose n’est pas

  • une promesse d’accouchement sans douleur : aucune source officielle ne le garantit et les essais ci-dessus ne le montrent pas ;
  • un soin médical qui remplacerait le suivi de grossesse, les séances de préparation à la naissance ou la péridurale ;
  • un test de volonté : une séance ou un enregistrement qui ne vous convient pas ne dit rien de votre capacité à accoucher.

Comment trouver un praticien

Le mot « hypnose » recouvre des pratiques et des formations très inégales. L’Inserm relevait en 2015 que les formations à l’hypnose en France sont hétérogènes : une douzaine de formations universitaires, non reconnues par l’Ordre des médecins, et de nombreuses formations associatives et privées, certaines réservées aux professions de santé et d’autres accessibles à un public plus large. Il notait aussi que le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé et concerne des praticiens aux qualifications très différentes (Inserm, 2015). Ce constat a plus de dix ans : vérifiez qu’il est toujours exact au moment de choisir.

Nous vous orientons donc d’abord vers un professionnel de santé formé à l’hypnose, par exemple en demandant à votre sage-femme ou à votre médecin s’il ou elle la pratique ou connaît un confrère qui la pratique. Quelques repères, qui sont les nôtres :

  • demandez la profession de santé d’origine de la personne, la formation à l’hypnose qu’elle a suivie, qui la délivre et sur quelle durée ;
  • demandez combien de séances, à quel moment de la grossesse, à quel tarif, et ce qui est prévu si le travail prend un autre chemin ;
  • méfiez-vous de toute promesse de résultat ou d’accouchement sans douleur ;
  • côté prise en charge, les sept séances de préparation à la naissance sont remboursées à 100 % lorsqu’elles sont réalisées par une sage-femme ou un médecin (Assurance maladie, 2026) ; nous n’avons trouvé aucune source officielle sur la prise en charge d’un cours d’hypnose en tant que tel : demandez-le à la personne et à votre complémentaire santé.

La place de la Méthode Souffle

La Méthode Souffle est un accompagnement émotionnel et relationnel non médical, conçu par Amélie Paterne pour devenir parents à deux. Ses cinq mouvements travaillent notamment la respiration confortable, l’ancrage, la communication entre partenaires et des visualisations de plusieurs situations de naissance, y compris une naissance qui change de direction : voir la méthode.

Elle n’est pas présentée comme un cours d’hypnose ni comme une hypnothérapie. Elle ne remplace ni le suivi médical, ni les séances de préparation, ni un professionnel de santé formé à l’hypnose, elle ne promet pas un accouchement sans douleur et elle n’est pas remboursée par l’Assurance maladie. Si c’est l’hypnose que vous cherchez, suivez les repères de la section précédente ; si vous cherchez un espace à deux pour parler de vos peurs, de vos attentes et du rôle de chacun, la Méthode Souffle peut s’y ajouter.

Questions fréquentes sur l’hypnose et l’accouchement

Quelques réponses brèves, sourcées dans l’article.

L’hypnose permet-elle d’accoucher sans douleur ?

Non, et personne ne peut le garantir. L’Inserm juge les données insuffisantes, voire décevantes, pour la douleur de l’accouchement (Inserm, 2015), et la revue Cochrane de 2016 ne trouve ni effet sur la péridurale, ni différence nette sur le sentiment de faire face au travail (une seule étude), avec des preuves de faible qualité (Madden et al., 2016). Certaines personnes en retirent un vécu plus apaisé (Werner et al., 2013b ; Catsaros et al., 2023), sans que ce soit une règle.

L’hypnose permet-elle d’éviter la péridurale ?

Les études ne le montrent pas : ni la revue Cochrane de 2016 (Madden et al., 2016), ni les essais britannique et danois (Downe et al., 2015 ; Werner et al., 2013a), ni la méta-analyse de 2024 (Lai et al., 2024) ne trouvent de baisse significative du recours à la péridurale. Cela ne veut pas dire qu’elle est inutile pour vous, seulement que ce n’est pas un moyen démontré d’éviter la péridurale, qui reste un choix légitime.

L’hypnose est-elle sans risque pendant la grossesse ?

L’Inserm juge rassurantes les études de sécurité sur l’hypnose en général (elles ne portent pas spécifiquement sur la grossesse), mais l’Inserm demande de rester vigilant sur les dérives éthiques que les techniques de suggestion peuvent entraîner (Inserm, 2015). Les essais excluaient certaines situations, dont une maladie psychologique ou un traitement contre l’hypertension (Downe et al., 2015) : parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin avant de commencer, et choisissez un praticien dont vous avez vérifié la formation.

Quand commencer à s’y préparer ?

Dans l’essai britannique, les femmes ont été réparties entre 28 et 32 semaines de grossesse, puis ont suivi deux séances de groupe vers 32 et 35 semaines, avec un enregistrement à écouter chaque jour (Downe et al., 2015). Nous n’avons pas trouvé de calendrier démontré : demandez à la personne qui vous accompagnera ce qu’elle propose, et laissez-vous le temps de pratiquer.

Comment choisir un praticien ou une praticienne ?

Le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé et les formations sont hétérogènes (Inserm, 2015). Orientez-vous d’abord vers un professionnel de santé formé à l’hypnose, demandez-lui sa formation, le nombre de séances, le tarif et ce qui est prévu si le travail prend un autre chemin, et méfiez-vous de toute promesse de résultat.

L’hypnose est-elle remboursée ?

Les sept séances de préparation à la naissance et à la parentalité sont prises en charge à 100 % par l’Assurance maladie lorsqu’elles sont assurées par une sage-femme ou un médecin (Assurance maladie, 2026). Nous n’avons trouvé aucune source officielle sur la prise en charge d’un cours d’hypnose en tant que tel : demandez-le à la personne qui le propose et à votre complémentaire santé.

La Méthode Souffle est-elle de l’hypnose ?

La Méthode Souffle est présentée comme un accompagnement émotionnel et relationnel non médical, pas comme un cours d’hypnose ni comme une hypnothérapie. Elle ne remplace ni le suivi médical ni un professionnel de santé formé à l’hypnose, et elle ne promet pas un accouchement sans douleur.

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Ce que propose la Méthode Souffle

La Méthode Souffle est un parcours d’accompagnement émotionnel et relationnel conçu par Amélie Paterne pour devenir parents à deux. Ses cinq mouvements aident chacun à reconnaître ses ressources, changer son regard sur la naissance, construire un soutien réciproque, vivre la naissance ensemble et trouver ses repères comme parent.

Il s’agit d’un accompagnement non médical, complémentaire du suivi et des séances proposés par les professionnels de santé. Il ne les remplace pas et ne promet pas un accouchement sans douleur. Il n’est pas remboursé par l’Assurance maladie. Les séances ont lieu en visio, où que vous viviez, ou à Brive-la-Gaillarde.

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Le premier échange avec Amélie est gratuit et dure 30 minutes : un temps pour poser vos questions et voir si cette préparation vous correspond.

Sources

Sources consultées le 2 novembre 2026.

  1. Inserm (2015). Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, expertise de l’unité U1178 à la demande de la Direction générale de la santé, juin 2015. inserm.fr/rapport/evaluation-de-lefficacite-de-la-pratique-de-lhypnose-2015/
  2. Madden K. et al. (2016). Hypnosis for pain management during labour and childbirth. Cochrane Database of Systematic Reviews, CD009356.pub3. doi.org/10.1002/14651858.CD009356.pub3
  3. Downe S. et al. (2015). Self-hypnosis for intrapartum pain management in pregnant nulliparous women: a randomised controlled trial of clinical effectiveness. BJOG. doi.org/10.1111/1471-0528.13433
  4. Werner A. et al. (2013a). Self-hypnosis for coping with labour pain: a randomised controlled trial. BJOG. doi.org/10.1111/1471-0528.12087
  5. Werner A. et al. (2013b). Antenatal hypnosis training and childbirth experience: a randomized controlled trial. Birth. doi.org/10.1111/birt.12071
  6. Lai M. Y. K. et al. (2024). The effect of antenatal hypnosis training on pharmacological analgesia use during labour and birth: a systematic review and meta-analysis. Midwifery. doi.org/10.1016/j.midw.2024.104113
  7. Catsaros S., Wendland J. (2023). Psychological impact of hypnosis for pregnancy and childbirth: a systematic review. Complementary Therapies in Clinical Practice. doi.org/10.1016/j.ctcp.2022.101713
  8. HAS (recommandation adoptée en 2017, mise en ligne le 25 janvier 2018, mise à jour le 27 novembre 2023). Accouchement normal : accompagnement de la physiologie et interventions médicales, messages clés. has-sante.fr/jcms/c_2820336/fr/accouchement-normal-accompagnement-de-la-physiologie-et-interventions-medicales
  9. NICE (2023, mise à jour 2026). Intrapartum care (NG235), recommandation 1.6.8, Angleterre et pays de Galles. nice.org.uk/guidance/ng235/chapter/Recommendations
  10. Assurance maladie (2026, mise à jour du 2 juin). Se préparer à l’arrivée de bébé tout au long de la grossesse : les 7 séances de préparation, ameli.fr. ameli.fr/assure/sante/devenir-parent/grossesse/grossesse-en-bonne-sante/grossesse/preparation-parentalite